GREG FRITE – Les Gros Mots de Greg Frite

Le temps a passé depuis les premiers titres de Triptik, il y a bientôt 20 ans. Connu alors sous le pseudo de Black’Boul, Greg Frite a fait les belles heures d’un rap français alors adolescent aux côtés de Dabaaz et du producteur Drixxxé. Sa maîtrise du verbe avait marqué les esprits puisque son flow, à la fois cool et groovy, avait déjà intrigué les oreilles des plus mélomanes. Pour tourner la page d’un retour en demi-teinte avec son groupe après un hiatus d’une dizaine d’années, le rappeur a sorti en solo deux EPs de haut niveau, « €UR$UP » en 2012 et le puissant « Train Train » en 2013.

L’inspiration retrouvée, Greg Frite a eu l’idée de réaliser un abécédaire des mots de la rue pour coucher sur mesures son amour de la langue française, dans ses aspects les plus modernes et urbains. Il a alors publié sur YouTube une série de vidéos réalisées avec la complicité de Yamoy. « Les Gros Mots de Greg Frite » étaient nés et l’alchimie entre les rimes millimétrées du rappeur et la réalisation sobre et pétillante des deux graphistes a fait mouche. Repéré par les programmateurs de Canal+, Greg a bénéficié d’une couverture médiatique beaucoup plus vaste grâce à sa participation hebdomadaire à l’émission Le Before. Il est bon de préciser que, malgré le poids qu’il représente maintenant dans les ventes de musique en France, le rap est toujours sous-représenté à la télé, sorti des chaînes et des émissions spécialisées. Une rubrique comme celle de Greg Frite dans une émission de premier rang sur Canal est donc remarquable en soi et, non content de mettre le MCing en valeur à une heure de grande écoute, Greg a eu le bon goût de proposer une écriture et un flow de qualité, servis par des intrus toujours percutants signés par une ribambelle de producteurs français de tous horizons.

« Les Gros Mots » regroupe vingt titres sélectionnés parmi ceux qu’il a diffusés, qui ont été réenregistrés et arrangés pour l’occasion. Entre néologismes et langage parlé, on retrouve donc pêle-mêle le Twerk et le Tchip, Zlataner, le Selfie ou le Burn Out. Au milieu de ces barbarismes digérés et assimilés, il livre aussi son interprétation de l’Été, des Polémiques, de l’Argent, des Soldes et du Beaujolais, entre autres. Le rappeur a su s’entourer de quelques artistes qui jouent le jeu chacun à sa manière. À côté de son compère Dabaaz, de Nekfeu ou Taïro, il offre quelques perles de définitions décalées, dont un excellent titre sur les Roms avec le « spécialiste » en la matière, Seth Gueko, ou un entraînant « Franglais » avec la chanteuse HollySiz, dans un duo qui fait mouche.

En plus de son producteur historique Drixxxé, Greg Frite a entre autres fait appel à Didaï, Shady, Greg Garson ou Julio Masidi, des noms moins communs si vous ne scrutez pas l’underground francophone, mais qui gagneraient pourtant à être plus connus vu le taf réalisé ici. Si on apprécie la sélection effectuée pour cette galette, on aurait aimé entendre des versions longues d’autres morceaux comme « Électronique », « Renouveau », « Écoute » ou « Barbès »… Leur absence permet d’espérer l’arrivée d’un second opus dans un avenir incertain : tant que l’inspiration est là, ces « Gros Mots » représentent une formule efficace et potentiellement déclinable à l’infini. Loin d’un hip-hop politisé ou polémique, Greg Frite se laisse aller à un flow pleinement inconscient qui invite à la détente et à une autre forme de réflexion.

« Les Gros Mots de Greg Frite »

(Believe) 8 /10

P.H.

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